4 nov. 2015

Rose, bien plus qu'une couleur

Par Karine Cyr


Il y a quelques semaines, je m'imaginais via une lettre virtuelle que ma fille de 7 ans était rendue une adolescente et que je lui confiais une parcelle de vie vécue par son père et moi avant son apparition sur cette planète. J'étais loin de me douter que quelques semaines plus tard, ma grande et moi serions assises sur son lit à regarder son album de naissance et qu'elle allait me poser la question suivante: «maman, pourquoi dans mon long nom, il y a Rose?». Ma première réaction fut de paniquer à l'intérieur et de répondre machinalement «je t'expliquerai quand tu seras plus grande». Elle m'a demandé de lui dire maintenant, de ne pas attendre. J'ai su à cet instant que je me devais de tout lui expliquer, car elle risquait de s'imaginer mille et un scénarios dramatiques qu'elle viendrait me présenter à tout instant.

 En quelques secondes, mes émotions et mes valeurs ont pris place au conseil des affaires familiales gérées par une zone de mon cerveau en effervescence et ont statué sur les mots et le ton à utiliser. Je lui ai expliqué que quelques mois avant sa venue, il y avait eu Rose qui avait séjourné 24 semaines dans mon ventre. Elle était décédée à cause d'une maladie qui ne lui aurait pas permis de vivre sans moi, la triploïdie 69. J'ai été à l'hôpital et j'ai accouché de ce petit être. À ce moment-là, une infirmière m'a dit que l'on se reverrait dans un an pour mettre au monde un bébé en santé. Elle avait raison, un an et un jour plus tard, naissait ma grande fille. Elle m'a demandé de voir les photos de Rose et je lui ai dit que ce n'était pas le moment. Elle ne ressemblait pas à un petit bébé comme les autres et que je préférais attendre qu'elle soit plus vieille. Heureusement, elle n'a pas insisté.

Le lendemain, ma fille est venue me voir avec un collage à la main. Lorsque j'ai lu ce qui était écrit en lettres autocollantes, l'émotion m'a envahie. Sur son collage, elle y avait inscrit Rose 0 ainsi que le nom de sa soeur et le sien avec leur âge à côté. De temps à autre, elle me parle de Rose et me dit qu'elle en a parlé avec ses amis et sa professeure. Je respecte son besoin d'en parler, mais je lui ai demandé de ne pas en parler devant sa soeur de 4 ans, car je ne crois pas qu'elle comprendrait la situation. Malgré tout, je sais que c'est une question de temps avant que ma grande en discute avec sa soeur, alors quand ma plus jeune viendra me voir, je convoquerai à nouveau mes émotions et mes valeurs à une réunion extraordinaire et improviserai une réponse selon l'ambiance du moment.

Depuis ce jour où j'ai mis au monde cet être sans vie ressemblant à un magnifique petit Alien, j'ai su qu'un jour viendrait où je devrais en discuter avec mes enfants. Après tout, ce n'est pas un secret, seulement un évènement troublant et triste, malheureusement fréquent. On aimerait protéger nos enfants de cette triste réalité que la vie n'est pas éternelle et qu'elle peut se terminer rapidement, sans qu'on y soit préparé. Malheureusement, on ne peut les y soustraire, alors vaut mieux jouer franc jeu, mais en portant une grande attention aux mots que l'on utilise en fonction de l'âge de notre enfant. 

Cette discussion était étonnamment agréable, malgré l'émotion qui régnait dans la chambre. J'avais à mes côtés ma fille qui par ses questions et ses réactions me démontrait à quel point elle était intelligente et empathique. Je ne regrette pas mon élan de spontanéité, il m'aura permis de constater à quel point mon enfant vieillit  et est doté d'une magnifique sensibilité.








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